Pierre Garnier, poète picard


Pierre Garnier (1928-2014) est le meilleur représentant de la poésie spatiale. Il a écrit et publié de nombreux livres de poèmes parus dans différents pays.


Pierre Garnier naît à Amiens le 9 janvier 1928 et grandit dans le quartier Saint-Roch au sein d’une famille laïque de gauche. Son enfance lui laissera de bons souvenirs jusqu’à l’arrivée de la Seconde Guerre Mondiale, qui le fera vivre pendant dix ans dans les ruines, à Amiens, puis en Allemagne de 1946 à 1950.

En 1946, alors qu’il est en hypokhâgne au lycée Condorcet à Paris, Pierre Garnier est invité en Allemagne à une réunion entre étudiants français et allemands. Il y fait une rencontre amoureuse et décide d’y rester pour poursuivre ses études. A cette époque, il écrit des poèmes romantiques et voyage beaucoup, en Allemagne d’abord, en Europe mais aussi en Afrique, Egypte, Israël...

De retour à Paris, il fréquente le Cercle des Jeunes Poètes autour d’Elsa Triolet et Louis Aragon, où il se livre à une poésie linéaire (c’est-à-dire "traditionnelle").

En 1950, il rencontre une jeune étudiante allemande, Ilse Göttel, à la Sorbonne, une rencontre qui "orienta toute sa vie" puisqu’ils ont toujours travaillé l’un près de l’autre et qu’ils se marieront.

En 1958, Pierre Garnier se lie d’amitié avec Henri Chopin qui expérimente la poésie sonore. A partir de ce moment, il se consacre à la poésie expérimentale, puis spatiale. Il a fédéré ce mouvement au début des années 60.

Le poète a vécu de nombreuses années dans le petit village de Saisseval près d’Amiens. Il y décède le 1er février 2014.



Poème de Pierre Garnier


Le Château de Picquigny

 

 

Auprès des étangs se dressent les ruines du

Château de Picquigny –

dames et seigneurs ont fait construire ces murailles

pour échapper à la mort

mais la mort est toujours passé au travers des

murailles

 

les animaux s’en vont au loin au-delà des

étangs – ils ignorent qu’ils volent et qu’ils

nagent dans le siècle des siècles,

dans l’infini et dans l’éternité

 

au Château de Picquigny

la mort a élargi les fenêtres, chamboulé les

tours, blackboulé les murailles

« C’est comme après un bombardement » dit l’enfant

L’oncle sourit : « la guerre est un raccourci.»

« on voit pourtant encore des anges musiciens sur

les murailles » dit l’enfant

« il faut un microscope » répond l’oncle

« c’est vrai, il faut un microscope » conclut l’enfant

dans le château de Picquigny et au-dessus on entend

la musique des sphères

  

ils ont construit

au plus près de l’infini

au plus près de l’éternité

ce château blanc qui devait les protéger de la

mort

 

l’enfance s’en revient des printemps d’autrefois

qui étaient des printemps de la guerre

qui aujourd’hui sont beaux

avec leurs morts et leurs vivants mêlés

  

l’enfant s’en revient par le château et l’étang

les musiques de la guerre,

bombes, obus, orgues de Staline, V1, V2

– le tout maintenant perdu dans l’infini et dans

l’éternité

 

les vers des poèmes du temps sont maintenant

devenus des rides

  

l’enfant apprend près de l’étang et du château

qu’il ne grandira plus, n’apprenant plus

– deviendra seulement vieux

  

parfois le château de Picquigny

parait avoir été bâti en neige éternelle –

on descend par la route Fourdrinoy

– on voit les ruines –

l’éternité ici tombe en ruines

l’infini est un ange musicien 

  

l’éternité sait se serrer au creux du temps

« Ce n’en est pas moins l’éternité » dit l’oncle

« Même l’infini sait se serrer dans le microscopique,

ce n’en est pas moins l’infini » dit le vieil

homme

 

l’oncle dit : « l’étang et la tige de blé ont une

hauteur et une profondeur – mais on ignore

la profondeur du grain de blé. »

 

un étranger glisse un tract sous la porte

un poème d’Eluard ou d’Aragon veille depuis le

Moyen Age, comme le château et les étangs

on voit loin à travers les meurtrières

mais c’est dans le temps

  

les poissons qui se poursuivent

font des festins

qui ne bougeront plus jusqu’à la fin du monde

 

le monde est un lièvre caché dans les douves

assis sur une pierre, il tourne une page après page

Saint Louis, Louis XIV, Napoléon, Staline,

tous morts, tous inexistants, des décombres

 

en face de l’enfant l’étang toujours jeune

où la mort ne séjourne pas

 

le château de Picquigny –

il ne reste comme visiteurs

que l’espace et le temps – l’infini

se promène ici dans l’éternité

– cette étincelante vision blanche




Virginie et Alexandre vous souhaitent bienvenue !


Virginie est tombée sous le charme de la vallée de la Somme. Elle saura vous guider pour préparer votre séjour et passer un agréable moment chez nous !
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