L'époque moderne

La tourbe à Picquigny à la fin du XVIIIe siècle

Lorsque les forêts furent épuisées par les défrichements excessifs du Moyen –Age, la population rurale du XVIIIème siècle se tourna vers un matériau connu depuis longtemps : la tourbe.

L’extraction de ce combustible a fortement marqué la paysage et le folklore picard devant la révolution jusqu’au XIX ème industriel.
Plus tard, la houille, plus rentable et de meilleur rendement, devait détrôner la tourbe.

La place tenue dans la vie des communautés picardes par les tourbières peut être appréciée sur le territoire considéré en 1774 comme le plus riche de toute la région, celui de Picquigny. L’inspecteur Royal estimait en effet certaines portions se montant à 75% de tourbe.

Une vallée large, des eaux stagnantes en terrain acide suffisent pour créer une tourbière. Après avoir gratté la surface, on peut très vite arriver à la roche combustible issue d’une lente, très lente décomposition des végétaux.
Les arrêts municipaux de Picquigny fixent, en 1786, à « 4 pieds de large avec talus, et à 3 pieds (un mètre environ) maximum la profondeur des rieux » ou fossés où l’on plonge le louchet au fond de l’eau. Ces mêmes louchets avaient parfois un manche si long qu’ils permettaient au « tireur » de faire des récoltes à plus de 7 mètres de fond. La modicité des normes imposées à Picquigny confirme la richesse du territoire où la tourbe affleurait souvent. Les pains de tourbe recueillis étaient ensuite découpés en briques de dimensions restreintes qui reposaient le temps du séchage sur le terrain «  d’étente ».

Le grand louchet

 

La tourbe à l’inconvénient de contenir très peu de carbone.
Si elle brûle facilement, elle dégage beaucoup de fumée et peu de chaleur.
En fait, son principal intérêt, outre son accès facile et une extraction peu onéreuse, réside dans ses cendres, parfaites en engrais.

Le terroir de Picquigny s’étendait dans la vallée de la Somme, étroite à cet endroit, tout au long du fleuve ramifié en bras multiples, depuis Saint Pierre à Gouy, jusqu’à Breilly. Beaucoup de marécages donc, et très peu de terres cultivables.
Les laboureurs du village exploitaient surtout les terres en d’autres territoires.
Les « communes », terres appartenant à l’ensemble de la communauté, étaient en grande partie des marécages tourbeux.


Deux destinations principales pour le bien commun : d’une part, assurer des revenus importants qui serviront à payer les charges communales : réparations de l’église, gages du berger communal, dettes, etc.… A cet effet, l’exploitation annuelle de certaines portions des communes était mise aux enchères.
Le loyer des adjudicateurs était pratiquement la seule rentrée d’argent du village. Les devoirs du fermier sont énumérés dans un contrat :
« Les bords des fossés ne devront pas être plan sinon s’écroulent et forment cloacre (sic) », « y faire des talus » (l’état civil mentionne de nombreux décès d’enfants par noyade dans ces fossés). « Les combler lors du replanissement », « entretenir les ponts faits de planches solides »
Pour les cas de dépenses extraordinaires et urgentes, les tourbières pouvaient même être vendues : l’ordonnance de l’Intendant de Picardie du 17 juillet 86 autorise, « par humanité la vente de 25 fourneaux pour 10 000 livres afin de reconstruire Picquigny, détruit presque entièrement par un incendie le 20 mai 1786. Les pertes des 161 sinistrés étaient estimées à 14 055 livres, la vente couvrait donc presque entièrement les pertes.

La deuxième forme d’exploitation des tourbières communes est beaucoup plus directe : c’est à l’attribution à chacun d’une part de tourbage pour son chauffage. Condition unique pour en bénéficier : habiter Picquigny et payer la taille. La liste des taillables servait donc de base pour la répartition des parts et c’est tout naturellement le syndic qui était chargé d’attribuer le tourbage à chaque famille.

En 1783, 305 « feux » étaient ainsi recensés. La distribution se faisait alors par le tirage au sort, afin que nul ne soit défavorisé ; le terrain ne contenant pas partout le même nombre de pointes de tourbe. Le syndic, rappellent les officiers municipaux de 1772, devait participer comme les autres au tirage au sort et non « choisir lui-même dans la partie la plus avantageuse ».
Cette mesure n’empêcha pourtant pas l’escroquerie du syndic Charles Rousseau qui, en 1783, avait réussi avec des familles fictives inscrites au rôle, à s’approprier 28 parts à lui seul.

Sur sa part, chacun payait une redevance, en fonction des besoins de la commune. La communauté assurait avec cette taxe les honoraires du maître d’école en plus des faux-frais (gage de l’arpenteur par exemple) et des vingtièmes. Quatre parts supplémentaires revenaient à l’administration des pauvres pour assurer leur « bouillon ».

L’extraction était-elle assurée directement par les habitant ?
Cela semble peu probable. Les actes mentionnent des abjudications importantes de tourbe, mais ne précisent pas leur destination. Dans une requête à l’Intendant, le syndicat relève que « les pauvres et les manufactures sont les seuls consommateurs de tourbe. » Les abjudicataires  pouvaient donc être des manufacturiers, et l’extraction pour les habitants pouvait très bien être effectuée par l’un d’eux seul véritable « tourbier ».

Un seul lot était attribuée par famille, quelque soit le nombre de personnes la composant : une veuve recevait autant qu’une famille avec six enfants.

Avant son utilisation, la tourbe resant longtemps exposée sur les près pour le séchage, les vols étaient fatalement nombreux. La communauté payait donc un gardien pour surveiller nuit et jour. Le poste était attribué aux enchères, au rabais, c'est-à-dire à celui qui acceptait le salaire le plus bas, payé par les loyers des abjudicataires de terre commune. En 1769, le gardien était payé 3 livres par semaine. Les voleurs surpris étaient condamnés, outre la restitution de la tourbe volée, à une amende de 24 sols par sac, et 2 sols par mande (surface). De même si le voleur portait de la tourbe d’une part à l’autre.

Texte de Anne Marie Widart

 


 



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